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Schrei
25/09/2004 Il est 16h.

Je suis partie ce matin direction Siby, un village à 60 km au sud de Bamako, sur la piste de la Guinée.

Génial !!!

J'en avais vraiment besoin ! 130 km...
Les 100 km en brousse ne sont absolument pas fatiguants, malgré une piste caillouteuse, des gués a passer. Les 30 km en ville sont horribles, les muscles constamment tendus, l'attention entièrement monopolisée.

Je suis en pleine forme physiquement. Les nuits sont bonnes, les repas pantagruelliques et équilibrés. C'est nécessaire ici, pour avoir toute sa concentration et surtout des supers muscles des cuisses pour faire de grosses accélérations pour se frayer un passage, s'imposer...

Hier j'ai eu une overdose de Bamako. Vraiment dur. Ce n'est pas mon premier voyage en Afrique, j'ai été dans pas mal de pays... Mais pour la première fois j'ai vécu l'Afrique dans toute sa dureté. J'ai détesté cette ville, sa dureté, sa violence, son indiffèrence. Deuxième accident mortel juste devant moi en 2 jours + un accouchement en pleine rue. Overdose de ce sang, de ces corps inanimés, de ces cris.
   
J'ai brusquement vu tout en noir. Ces mêmes au ventre énorme qui font la
manche avec une boite de conserve, ses familles vivant à même le sol dans la rue, ces femmes de plus en plus nombreuses à être voilées entièrement de noir (un rectangle pour les yeux), ces hommes amputés par la lèpre. Je ne voyais plus que cela. Jamais je n'avais vu l'Afrique de cette façon ; jamais je n'avais ressenti cette dureté en moi, ce rejet total pour cette misère. Envolées mes utopies d'un monde plus beau, plus solidaire ; je ne voyais que la loi du plus fort qui trône ici. L'impuissance et le découragement m'ont habitée ; le dégout qu'un tel monde puisse exister et même pas la révolte de vouloir le changer ; une envie de fuite. Non jamais ça ne m'était arrivé. Heureusement que je loge chez des francais, pouvoir en parler m'a évité de craquer... A chaque coup de pédale, à chaque bouffée d'air irrespirable de pollution je me demandais si ça ne serait pas le dernier. Oh cette violence !

Alors aujourd'hui j'avais besoin de quitter la ville. Partir à 7h ; à l'heure où la ville n'est pas encore plongée dans sa folie. Et là, le bonheur. J'ai retrouvé l'Afrique que j'aime. J'ai été heureuse de retrouver ma vision de ce continent. La beauté des gens qui se saluent ; les enfants qui jouent le sourire aux lèvres avec un bout de ficelle, rire avec eux. L'air chaud et doux de la campagne. Entendre le chant des oiseaux et celui des femmes lavant le linge. Pédaler au milieu des Monts Mandingues (600 m), voir une cascade... petite pensée pour nos montagnes. Se voir offrir de l'eau dans un village. Rencontrer des instits en réunion de pré-rentrée. Tu es belle mon Afrique. Peuples, restez dans vos campagnes, n'allez pas grossir cette ville.

Là je suis dans Bamako. Il ne me reste que demain... j'ai si hâte.

Je redoute tant de devoir y revenir, reprendre le train dans 1 mois 1/2
pour rejoindre Dakar.

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