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Ruyam

Ruyam est vraiment costaud. Souvent nous ne faisons qu'un. Et c'est très important, même vital (pour lui comme pour moi).

Il y a eu ces horribles km en périphérie de Dakar, au milieu d'une circulation dense, rapide, anarchique et très dangereuse.

Il y a eu ces merveilleux km dans de somptueux paysages dans le Sine Saloum : ce sentiment de liberté en pédalant entre les baobabs, sous les chants d'oiseaux de toutes les couleurs.

Il y a eu ces longs palabres pour arriver à lui faire prendre le train.

Il y a eu ces catastrophiques km dans Bamako ; se demander à chaque coup de pédale, à chaque bouffée d'air pollué si ça ne seront pas les derniers de ma vie. Assister à des accidents mortels, voir ces corps inanimés, ce sang. recevoir d'un coup toute la dureté, la violence de cette ville. Vite fuir !

Il a eu ces magnifiques km en allant à Siby (60 km au sud de Bamako) : pédaler dans les Monts Mandingues (600m), voir une cascade, respirer de l'air pur (et de la poussière aussi).

Vraiment attacher les sacoches pour qu'elles résistent à tous les nids de poules, les trous, les cailloux, les passages à guet.

Etant en parfaite forme physique (les repas sont copieux et les nuits bonnes malgré la chaleur), les km défilent sans problème. Seule la chaleur ambiante est parfois dure à supporter (surtout la tranche 11h->15h) ; mes habits et mon corps sont constamment inondés de transpiration.

Et puis ces 360 km entre Bamako et Dembella. l'angoisse de ne pas avoir de contacts, de ne pas savoir où dormir. alors vouloir les enchaîner, au-delà de la température qui ferait éclater un thermomètre.

   

140 km le 1 er jour : partir avec le soleil vers 7h, s'arrêter avec la nuit vers 18h. J'ai demande l'hospitalité au maire de Sido, qui m'a ouvert la salle de réunion de la mairie. Nuit sécurisante, loin de ma peur des serpents.

Le lendemain repartir. dur pour le moral ce paysage monotone de verdures, des montées et descentes s'enchaînent, sans charme. Pédaler avec uniquement Dembella en tête. Dormir en camping sauvage, cachée des éventuelles visites nocturnes, humaines ou serpentesques.

Et repartir pour les derniers 105 km.

Les 6 derniers furent, les plus longs, presque une heure à pousser le vélo dans la boue, entre terre et caillasses, quelques chutes sans gravité.

Et le bonheur d'arriver, la fierté des km parcourus.

Je maîtrise vraiment le vélo, ce qui est indispensable autant en ville (face aux autres véhicules) qu'en brousse (face à l'état des pistes) ; la concentration doit sans arrêt être totale, c'est question de vie ou de mort, j'en suis consciente.

Oui c'est dur parfois, sous la chaleur extrême, qui fait tourner la tête ; à regarder le compteur qui n'avance pas.

Mais ce sentiment de liberté, ces rencontres tout au long du parcours rendent vraiment le projet magnifique.

Aucun problème mécanique pour le moment, hormis le porte bagage avant que j'ai un peu réparé mais que je charge au minimum de peur qu'il ne casse totalement.

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