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Pour quitter Bamako, je dois prolonger mon visa malien acheté à Dakar et me procurer celui pour le Burkina Faso. Après trois heures de vélo pour à peine quinze kilomètres dans les méandres boueux de cette capitale, je trouve les locaux flambant neuf de l’ambassade du Burkina Faso. L’accueil est chaleureux et après quelques minutes d’attente mon visa est prêt. A quelques mètres de là, je gagne le Centre de sécurité nationale du Mali pour faire prolonger mon visa. L’accueil s’avère très différent ! Deux dames dont l’une est voilée bavardent bruyamment. J’attends impatiemment devant leur bureau qu’elles terminent leur conversation en bambara. Au bout d’une dizaine de « bonjour », de nombreux soupirs et gestes manifestant ma présence, je finis par exister à leurs yeux. Elles me donnent une fiche à remplir contre une photo et 5 000 cfa (8 €). M’appuyant sur le bureau, je m’installe pour écrire. « Non là c’est pour les officiels, toi c’est là-bas » me dit sèchement la grosse dame en m’envoyant à l’autre bout du couloir. Elle me regarde prendre le stylo posé devant elle et retourne à ses conversations. Après trente minutes d’écriture, je viens lui tendre la fiche.
« Non c’est pas bon, c’est écrit en rouge ! me crie-t-elle.
– Mais… j’ai pris le stylo de la table, devant vous !
– En rouge c’est pas bon.
– Mais vous m’avez vu le prendre ce stylo ! Vous auriez pu me le dire !
– Vous ne m’avez pas demandé. »

C’est le règne universel de la bêtise… Je reprends une fiche et recommence.

   

« Ça coûte cher les fiches, ce n’est pas le gouvernement qui nous les donne, nous les faisons nous-mêmes », conclut-elle d’un ton agressif et plein de reproches. Je recopie tout en noir puis lui rends le papier. Elle supervise mon écrit avec son regard de professeur avide de fautes d’orthographe.
– C’est pas une réponse ça ! ronchonne-t-elle en pointant ma réponse à la question « lieu de résidence ». J’ai écrit : « itinérante à vélo ». J’ai beau lui expliquer, ça ne lui convient pas.
Me revoilà enfant face à ses injonctions, alors je cite un nom de quartier que j’ai lu dans mon guide, disant que j’y loge chez des amis. Encore insuffisant, il lui faut un numéro de porte et de rue. Exaspérée, j’invente des numéros : porte 202 et rue 123 lui conviennent…
« C’est bon. Ça sera prêt lundi. »
Lundi ? Repousser de cinq jours mon départ de cette ville ? J’ai beau insister, expliquer que je pars demain, rien n’y fait. « Lundi à midi ».
Le lendemain, pressée de fuir cette capitale, je décide d’aller harceler cette brave Malienne au « Building de la Sécurité nationale ». Peut-être ma prolongation est-elle prête, peut-être même l’aimable dame ne travaille-t-elle pas aujourd’hui et aurai-je la chance de tomber sur quelqu’un de plus compréhensif… Pourtant, dès mon entrée, un aboiement : « Je vous avais dis quand ? ». C’est encore elle. J’explique, j’insiste. « Repassez à 16 h 30, vous verrez ! »
A 16 heures j’arrive devant le bâtiment, pleine d’appréhension : « Si j’entre avant 16 h 30, elle risque de me reprocher mon avance. Si j’arrive juste après 16h30, elle prétextera mon retard pour me faire attendre jusqu’à lundi ! », ressassai-je dans mes pensées. Finalement je choisis d’entrer à 16 h 15, la dame me fait patienter une demi-heure dans la salle, juste pour le plaisir de me regarder attendre. Puis elle me tend sans un mot ma prolongation de visa.

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    Carnet de France, Avant le départ