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"La halte méridienne"

 

Théodore Monod

 

 

   

La halte méridienne est torride ?
L’ombre de cette épine est maigrelette ?
Ce sable brûlant ?
Ces cailloutis croulants et coupants ?
Cette eau nauséabonde ?
Ce vent diabolique ?
Cette nuit glacée ?

Ne te plains pas.
Il n’y a personne pour t’entendre et
s’apitoyer sur tes petites misères.
Supporte.
Patiente.
Serre les dents.
La revanche, tôt ou tard, viendra.

D’ailleurs, je te connais bien.
Quand elle sera venue, cette vengeance tant espérée, quand tu te coucheras, rassasié de mets délicats qui n’auront pas craqué sous la dent, désaltéré d’une eau incolore, sans poils de bouc, dans un lit de sybarite, sous un toit, au chaud, alors, au lieu de savourer durablement ta félicité, très vite, dès que la grosse fatigue de tes marches solitaires sera oubliée, alors tu te prendras à regretter tes rudes étapes, tes pieds écorchés, tes lèvres éclatées, tes sommeils, recroquevillé sous les étoiles.

Et a la premiere occasion, comme moi, tu repartiras...

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    Carnet de France, Avant le départ